Risques climatiques et risque nucléaire : Des catastrophes à venir pas du tout naturelles !

     Voici un excellent papier que m’a transmis Fred Moreau sur un risque majeur pour notre avenir que l’on oublie souvent : de la montée du niveau des océans et du risque pour les centrales nucléaires situés sur les côtes. En effet, les dernières recherches sur le Groenland et l’Antarctique montrent que la fonte des immenses calottes polaires avait été précédemment sous-estimée (certaines études majeures indiquent ainsi un risque d’élévation du niveau des océans aux alentours d’1m en 2050 et de plus de 6m en 2100 !). Vous trouverez un petit billet de ma part en complément de l’article de Fred Moreau plus loin. En attendant place à cet excellent article :

      Voici probablement un risque particulier qu’aucun gouvernement n’a du jusqu’à présent envisager : Celui combinant risques climatiques induits par les changements déjà en cours, amorcés, ou encore à venir, et risque nucléaire. Dans la première catégorie on trouve les super-tempêtes, dont les mécanismes les générant ont été décrits par un certain nombre de climatologues1. Le principal mécanisme est l’échange thermique considérablement amplifié – et dont l’amplification ira en s’accentuant à mesure que les calottes glaciaires fonderont et apporteront de l’eau glacée à la surface des océans limitrophes – entre zones chaudes et froides de l’océan et de l’atmosphère située au-dessus donnant naissance à des vents particulièrement violents pouvant aller jusqu’à 300 miles par heure (environ 500 kilomètres/heure). Ces tempêtes soulèveront littéralement l’océan de plusieurs mètres en le poussant devant elles et généreront des vagues géantes allant jusqu’à trente mètres de hauteur, soit le double de celle du tsunami qui a frappé la centrale de Fukushima Daiichi, vagues capables de drosser à la côte des rochers pesant 2330 tonnes2.

(Photo 1 – Hearty-boulders.jpg) L’un des rochers de plus de 2000 tonnes drossés à la côte, ici celle des Bahamas, à plus de vingt mètres au-dessusde l’océan par les vagues géantes pouvant atteindre trente mètres générées par les super-tempêtes du passé.

      Quant au risque nucléaire, depuis Three Miles Island (1979), Tchernobyl (1986) et Fukushima (2011), sans parler de tous les autres incidents «mineurs» ou tout simplement passés sous silence, plus personne ne peut en toute bonne foi en nier l’existence. Mais à la lumière de ce qui précède on se doute bien vite qu’il ne suffit plus d’un tsunami provoqué par un tremblement de terre dans la mesure où les vagues promises par ces super-tempêtes seraient bien plus fréquentes que celle, unique et dépendant en amont d’un séisme suffisamment puissant pour provoquer un tsunami, ce qui reste rare, qui a frappé la centrale japonaise; et sans les rochers de deux mille trois cents trente tonnes en prime venant s’écraser contre des installations pas forcément conçus pour résister à de pareils impacts. D’ailleurs, avant que le combustible usagé hautement radioactif entreposé dans la «piscine» du réacteur n°4 ne soit finalement intégralement évacué, et il y en avait 264 tonnes, le monde a vécu quelques années et en toute inconscience dans l’ombre d’une catastrophe pire encore que celle de Tchernobyl. En effet, cette piscine se situait dans un bâtiment grandement fragilisé risquant de s’effondrer en cas de nouveau séisme et de tsunami, et cette éventualité avait été évoquée par le physicien français Jean-Louis Basdevant dès 2012 dans un article paru dans Le Nouvel Observateur3.

(Photo 5 à droite – Koeberg-Nuclear-Reactor.jpg) Centrale nucléaire de Koeberg, près de Cape Town, en Afrique du Sud, située en bord de mer et donc comme des dizaines d’autres dans le monde terriblement exposée. Ingénieurs et architectes auraient pu aller jusqu’au bout de leur logique : Construire une centrale sur pilotis avec refroidissement direct à l’eau de mer par en dessous (?)

      Mais la centrale de Fukushima n’est plus la seule concernée car le risque de catastrophe naturelle ne sera bientôt plus cantonné aux seules régions à fort potentiel sismique mais aux régions exposées à ces super-tempêtes, à savoir entre autres les côtes baignées par l’Atlantique nord. C’est pourquoi l’étude sommaire de la carte ci-dessous permet d’appréhender l’extrême gravité de ce risque nouveau qui n’est plus exclusivement « naturel ». On constate en effet que les centrales nucléaires construites en bord de mer s’y comptent par dizaines.

(Photo 2 – Elektrownie_atomowe_na_swiecie.png) Des dizaines de centrales nucléaires ont été construites sur les côtes, parfois dans des zones sismiques, et beaucoup ne se trouvent que quelques mètres seulement au-dessus du niveau de la mer.

      Un second risque, quoique beaucoup plus lent et bien moins violent – sur l’instant – que les super-tempêtes mais toujours lié aux changements climatiques, est la possible élévation brutale du niveau de la mer en quelques mois, voire en quelques semaines seulement, comme cela s’est déjà produit par le passé, par exemple lors de la vidange du lac glaciaire Agassiz-Ojibway, survenu il y a 8.200 ans et connu sous le nom d’événement de Heinrich, lorsqu’un volume d’eau de fonte estimé par certains à 200.000 kilomètres cubes s’est déversé principalement dans la baie d’Hudson puis l’Atlantique.

     Différentes études, entre autres des dépôts sédimentaires, mettent en évidence des élévations soudaines par le passé de 0,50 mètre, 1 mètre, et jusqu’à plus de 2 mètres – de 0,80 à 2,20 mètres pour le lac Agassiz-Ojibway comme on le découvre dans un article publié sur le site de Earth and Planetary Science Letters5, soit de quoi noyer les zones portuaires (et nos containers de chinoiseries) et les terminaux pétroliers mettant ainsi probablement un terme à notre glorieuse civilisation technologique insatiable en énergie et en matières premières. Et rien ne permet d’affirmer que de tels scenarii ne soient pas amenés à se reproduire avec la désintégration des banquises – comme celles de Larsen A et B, déjà achevée, et celle de Larsen C, en cours– et des glaciers, pour le moment toujours ancrés aux fonds marins ou aux terres émergées du Groenland et de l’Antarctique ; mais pour combien de temps encore?

(Photo 3 – lac agassiz.JPG) Il y a 8.200 ans, le lac Agassiz-Ojibway, en rejoignant l’océan, a fait élever son niveau de 0,8 à 2,20 mètres en moins d’un an.
(Photo 3 – Ko Sasaki for The New York Times.jpg) Fukushima Daiichi: Réservoirs de stockage de l’eau de refroidissement contaminée. (Crédit photo : Ko Sasaki pour le New York Times)

       Étant donné la lenteur induite par les difficultés pour évacuer le combustible nucléaire d’une centrale endommagée, ce qui a pris des années à Fukushima et n’est d’ailleurs toujours pas terminé – arrêter proprement une centrale nucléaire prend déjà bien plus de temps que d’appuyer sur un simple interrupteur -, on voit mal comment on pourrait s’en charger pour des dizaines d’autres en quelques semaines ou quelques mois seulement. Nos gouvernements feraient donc bien d’envisager rapidement des plans d’urgence car la Nature, elle, ne respecte pas les plans quinquennaux et ne déclenche pas des super-tempêtes à coups d’ordonnances et de 49.3 en pensant comme l’espèce humaine que la volonté de toute-puissance, exacerbée par ses prouesses technologiques et sa foi inexpugnable dans le Père Noël (ou Dieu, ou les extra-terrestres, ou son sacro-saint modèle économique auquel même la Nature devrait se soumettre, ou quelque autre magie que vous voulez), viennent forcément à bout de toute adversité quelle qu’elle soit. Mais peut-être que le risque de contamination n’est finalement pas jugé si important que ça puisque le Japon s’apprête à tout bonnement déverser dans l’océan les 920.000 tonnes d’eau contaminée, stockée dans un millier de réservoirs, dont il ne sait plus quoi faire6. Entre autres centaines de milliers de tonnes d’autres déchets. Quant au coeur du réacteur, toujours en fusion, il continue de s’enfoncer inexorablement dans le sol.

Fred Moreau

1. Ice Melt, Sea Level Rise and Superstorms par James Hansen, www.atmos-chem-phys.net/16/3761/2016/doi:10.5194/acp-16-3761-2016 (rapport en anglais), et présentation vidéo sous-titrée en français de ce rapport sur Youtube :

2. Boulder Deposits from Large Waves during the Last Interglaciation on North Eleuthera Island, Bahamas, par Paul J. Hearty, publié dans le numéro 48 de Quaternary Research (1997), pages 326–338 (article n° QR971926).

3. http://tempsreel.nouvelobs.com/l-enquete-de-l-obs/20120822.OBS0162/enquete-fukushima-et-si-le-pire-etait-a-venir.html

5. https://www.researchgate.net/publication/238504773 – Synchronizing a sea-level jump, final Lake Agassiz drainage, and abrupt cooling 8200 years ago par Yong-Xiang Li, Torbjörn E. Törnqvist, Johanna M. Nevitt et Barry Kohl

6. https://www.nytimes.com/2017/03/11/world/asia/struggling-with-japans-nuclear-waste-six-years-after-disaster.html

L’article de Fred Moreau en version PDF : Risques climatiques, risque nucléaire (1)

En complément de l’article de Fred Moreau :

        La fonte des calottes polaires (contenant assez de glace pour faire monter les océans d’environ 70 mètres) est inéluctable sur des milliers d’années à cause des émissions de gaz à effet de serre déjà émis par l’homme et de ceux à venir, la majorité des glaciologues et climatologues s’accordent maintenant sur ce point. Cependant, une controverse prend de l’ampleur sur la vitesse de cette fonte. Il y a encore une décennie, les glaciologues pensaient que la fonte des glaciers serait plutôt progressive et lente. Or, les dernières observations et études menées en Antarctique et au Groenland suggèrent maintenant une fonte bien plus rapide et brusque que prévu auparavant.

       La communauté scientifique se retrouve désemparé face à ces résultats car l’incertitude grandit sur le niveau que pourrait atteindre la hausse du niveau des océans au cours de ce siècle et sur les conséquences et les décisions que devront prendre les pays pour s’y adapter. Si les océans montent de manière rapide et à des hauteurs importantes (jusqu’à plus de 6m en 2100 selon des études sérieuses), les Etats et les populations se retrouveront face à des situations insurmontables et aux coûts économiques impossibles à recouvrir ! Comment démanteler des centrales nucléaires dans l’urgence, notamment celle de Fukushima dont les dernières investigations menées dans le réacteur 1 et 2 ont repoussé le démantèlement à une date inconnue (taux de radioactivité dantesque dû probablement à la présence de corium) ?

http://www.fukushima-blog.com/

      Comment déménager des centaines de millions de personnes et les indemniser en ne sachant pas jusqu’où aller dans le recul des habitations par rapport aux côtes ? Idem pour les installations portuaires, en sachant que la majeure partie de l’économie mondiale est basée sur les échanges via les océans ? De l’augmentation des risques pour les habitants et les industries face aux tempêtes ? La majorité des sites industriels, qui sont situés en bord de mer ou sur les rives de certaines rivières et fleuves, seront également impactés …

Et que dire des millions d’hectares de terre fertile qui se retrouveront submergés et rendus incultivables ? Je cite ici Jack de l’excellent blog le climatoblogue à ce propos :

 » Dans tous les delta où l’agriculture se pratique à grande échelle : Nil, Mékong, Mississippi, ou encore des pays comme le Bangladesh, l’agriculture ne pourra plus s’y pratiquer à cause de l’eau salée.
Aussi, l’eau salé se répand beaucoup plus loin dans les sols que ce que la rive peut laisser croire ; 30 cm de hausse du niveau des océans rend les sols incultivables jusqu’à 30 mètres ou plus…
À un mètre de hausse, 35% de l’agriculture actuelle sera impossible seulement à cause de la hausse du niveau des océans de 1 mètre.  » 

Source : http://www.senat.fr/rap/r15-014/r15-014_mono.html

 Ne comptez plus également sur les plages qui disparaîtront au cours de ce siècle dans la majeure partie du monde, aidé en cela par un pillage du sable pour nourrir la construction en béton et de la prolifération des barrages qui entraîne un blocage de l’alimentation en sable des côtes via les fleuves… :

https://docuclimat.com/2017/04/18/documentaire-le-sable-enquete-sur-une-disparition-en-streaming-ou-comment-les-plages-vont-disparaitre/ (liens vers le docu en streaming à la fin de l’article)

La rapidité et l’ampleur de la montée du niveau des océans, si elle atteint un certain niveau, ne pourra pas être géré. Et les dernières recherches vont malheureusement dans le sens de ce scénario… :

http://www.pourlascience.fr/ewb_pages/a/actu-la-calotte-groenlandaise-plus-instable-qu-on-ne-le-pensait-37948.php#.WHWeR-IjgVM.google_plusone_share

http://www.liberation.fr/planete/2017/06/26/le-groenland-grand-responsable-de-la-hausse-du-niveau-des-oceans_1579746

http://leclimatoblogue.blogspot.fr/2017/02/points-de-basculement-atteints-en.html (une traduction d’un article majeur sur les dernières recherches sur l’Antarctique à lire absolument)

http://www.nationalgeographic.fr/environnement/2017/06/lantarctique-est-en-train-de-fondre-et-ce-nest-que-le-debut (lire l’article complet dans le numéro du mois de Juillet du National Geographic)

Comme le souligne Fred Moreau, la décroissance est notre seul échappatoire, le business as usual nous mène littéralement vers la fin, entraînant avec nous une sixième extinction de masse !

5 commentaires

  1. Ce qui risque d’être dramatique : la montée des eaux forcera à reloger des millions de personnes. Il faudra reconstruire, il faudra du béton (et émission de CO2 en polus, on ne sait pas faire autrement -style Solidia- en masse pour le moment)… il faudra du sable, on cassera encore plus les plages et les premiers km des plateaux continentaux. Cette érosion accélérée des litoraux pour prévoir le désastre annoncé pourrait même être encore plus dévastateur qu’on ne l’imagine.

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  2. Salut,
    L’avenir est très pessimiste, j’en convient. Pas l’avenir de la planète mais l’avenir de l’humanité, telle qu’on la connait en 2017 avec ses presque 7.5 milliards d’humains répartis sur l’ensemble de la planète. Dans le futur, j’imagine un monde où vivront que quelques dizaines de millions d’humains dans les régions les moins hostiles ou les plus viables, comme aux pôles par exemple. Ce sera tout de même un monde plus facile à vivre que vivre sur la planète mars ou sur la lune.

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    • Quelques dizaines de millions, si ce n’est que quelques dizaines de milliers dans les meilleurs des cas. L’extinction en cours ne fera aucun cadeau : ni pour nous, ni pour nos espèces domestiques (animales et végétale). De plus, les endroits où le climat sera à peine supportable – températures, hygrométrie, vents, précipitations, ensolleillement – seront réduits à quelques bandes sur le globe. Ailleurs, il serait inutile de s’y établir pour subir le manque ou la surabondance d’un de ces facteurs.

      On va faire ce qu’on peut pour s’adapter. Mais je crains que par manque d’imagination, ça ne se solde que par la mise en place de moyens technique encore plus destructeurs : si on ne lache pas le steak avant le gouffre, on va avoir mal aux dents avant de se péter la tronche.

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  3. […] risques incalculables de cette énergie pour l’humanité et de son coût qui va en explosant (la question du démantèlement des centrales et de la gestion des déchets nucléaires nous met maintenant en face d’un défi économique […]

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