De l’effondrement à venir, des injustices climatiques, de la disparition du vivant, du mouvement en transition et des résistances.

Michel-Pierre Colin a développé une excellente analyse du livre « Comment tout peut s’effondrer, petit manuel de collapsologie à l’usage des générations présentes » sur son blog « L’énergie renouvelable, c’est la vie durable » qu’il m’a permis de republier en partie ici. L’occasion pour moi de faire un commentaire rapide sur son analyse, sur le mouvement en transition et sur la résistance au système économique (et politique ?) qui nous amène à l’effondrement.

Je me pose ainsi beaucoup de questions sur la possibilité du mouvement en transition de sauver la situation. Bien que je pense que les alternatives soient nécessaires, je pense aussi que de se concentrer seulement sur ces dernières nous empêche de voir une réalité et de lutter contre cette dernière. La réalité étant que le capitalisme continue à s’étendre sur la planète, à détruire de plus en plus d’écosystèmes et de biodiversité, à exploiter toujours plus de personnes pour que nous puissions profiter du confort « moderne » et qu’il arrive constamment à trouver de nouveaux consommateurs ou à augmenter la consommation des personnes qui de toute manière ne voudront pas abandonner ce confort artificiel et mortifère…

Conscious consumerism is a lie. Here’s a better way to help save the world

http://partage-le.com/2016/12/reflexions-sur-notre-situation-ecologique-planetaire-en-cette-fin-dannee-2016-debut-2017/

Sommes-nous tellement devenus dépendants de ce système économique que nous n’envisageons plus une révolution pour le mettre à bas, mais seulement une transition ? Cela fait dix ans que ce mouvement de transition se répand, mais pendant ce temps aucun indicateur n’a viré au vert, à l’inverse de nombreux indicateurs climatiques, écologiques et sociaux s’empirent. Nous avons déjà dépassé depuis longtemps les capacités de ce monde à résister à ce que nous lui faisons subir, le mouvement en transition à lui seul parviendra-t-il à corriger la situation ? J’en doute fortement…

Lire à ce propos les excellents articles du site Lepartage :

http://partage-le.com/fr/

De même, je suis plus que sceptique par rapport à la possibilité des énergies renouvelables de sauver la planète, et je me demande de plus en plus si elles ne vont pas au contraire accélérer la dégradation écologique, sociale et climatique du monde…

http://partage-le.com/2017/02/lecologie-du-spectacle-et-ses-illusions-vertes/

Voir aussi les documentaires et articles que j’ai référencés à propos notamment des soi-disant énergies renouvelables que sont la biomasse (bois-énergie) et les biocarburants :

https://docuclimat.com/documentaires-en-streaming-par-categories/documentaires-sur-la-nature-la-biodiversite-et-sa-destruction/

Mais aussi ce livre majeur « Extractivisme, exploitation industrielle de la nature : Logiques, conséquences, résistances. » :

http://lepassagerclandestin.fr/catalogue/essais/extractivisme.html

Les alternatives et la transition ne doivent pas nous faire oublier que dans le reste du monde, le capitalisme continue à créer et profiter de la situation précaire des populations, qu’il détruit leurs habitats, leurs sources d’autonomie, la biodiversité et les écosystèmes qui leur permettent de subvenir à leurs besoins et de limiter les catastrophes naturelles.

N’oublions pas aussi que des millions de personnes n’ont même pas la possibilité de rentrer dans un mouvement en transition, que leurs territoires mêmes sont menacées par l’avancée inexorable de l’exploitation de la nature et qu’elles doivent lutter pour préserver la durabilité même de leur territoire, quand il ne s’agit pas de leur vies.

A ce propos lire l’article de Heel Krix dont voici l’extrait d’un interview avec une militante autochtone qui se bat à Standing Rock contre le projet de pipeline approuvé par Donald Trump :

http://lekaveserebiffe.blogspot.fr/2017/02/temoignage-la-vie-ou-la-mort-pour-les.html

« Quel est le lien entre Standing Rock et les problèmes environnementaux et culturels plus généraux que rencontrent aujourd’hui les populations autochtones dans le monde entier ?

C’est assez facile de répondre à cette question : aujourd’hui, au niveau mondial, les populations autochtones ne représentent que 4 % de la population, mais c’est sur leurs terres que se concentre la majorité des ressources de l’industrie des combustibles fossiles. Donc, fondamentalement, nous avons un droit et une obligation de protéger le sol dans lequel nous cultivons nos aliments, l’eau que nous buvons et l’air que nous respirons. Si nous continuons à laisser l’industrie fossile les empoisonner, c’est nous que nous empoisonnons. L’heure n’est plus aux interrogations pour les populations autochtones : c’est littéralement une question de vie ou de mort. Quant aux peuples autochtones dans le monde entier, nous avons choisi de nous battre, de résister et de nous faire entendre. Ce qui est le plus effrayant, c’est que dans d’autres pays, ailleurs qu’aux États-Unis et surtout en Amérique du Sud, des gens sont tués pour avoir résisté et avoir exprimé leurs griefs. »

J’en profite aussi pour relayer un article de Jack qui met les choses au point sur les injustices de ce monde face au réchauffement climatique :

http://leclimatoblogue.blogspot.fr/2017/02/jecoute-et-je-lis-des-specialistes.html

En voici un extrait :

« On me dit souvent : « Ne t’en fais pas avec les changements climatiques, tu seras mort quand le pire passera… »

Ouais, on peut voir ça comme ça, mais je n’ai pas choisi ma date de naissance, j’aurais pu ne jamais naître ou venir au monde dans 25 ans. Vous avez choisi vous?

Par pur hasard, j’habite dans un pays riche et je suis donc plus à l’abri que tous ceux, beaucoup plus nombreux, venus au monde dans des pays pauvres. 

Je n’ai pas choisi la couleur de ma peau non-plus ; nous sommes tous le fruit du hasard et c’est possiblement le seul motif pour croire que nous sommes tous égaux car la couleur de notre peau, notre bagage génétique, le pays et les conditions sociales dans lesquelles nous sommes né(e)s et même notre sexe sont tous des sources d’inégalités. »

Les populations les plus démunies sont déjà les premières à être touchées par les catastrophes naturelles exacerbées par le bouleversement du climat. Je pense qu’il ne faut pas oublier ce fait, nous qui dans ce monde occidental sommes majoritairement à l’abri des conséquences des aléas climatiques (système d’assurance, excellent système de prévention, infrastructures adaptées pour prévoir les risques, budget nous permettant de reconstruire ou de s’acheter des biens malgré des catastrophes climatiques, climats plus tempérées, déconnexion ne nos modes de vie par rapport à la nature, etc…).

Lire cependant la « lettre » que j’avais écrite aux générations présentes à ce propos, car la situation climatique pourrait bien nous rattraper aussi :

https://docuclimat.com/2017/01/25/aux-possibles-survivants-de-la-catastrophe-qui-vient-lettre-paysan/

N’oublions pas non plus l’extinction en cours du vivant. Encore nombre de personnes considèrent les animaux et végétaux comme inférieurs et ne sont pas sensibilisés aux relations interdépendantes et cruciales que nous pouvons entretenir avec eux. D’une autre intelligence et sensibilité, le reste du vivant en est cependant d’une richesse intrinsèque et qui plus est indispensable à notre existence sur Terre. Or, aujourd’hui la biodiversité disparaît à un rythme effrayant, tandis qu’il faut des millions d’années avant que la biodiversité s’étoffe à nouveau après une extinction massive…

Voir à ce propos le magnifique documentaire :

https://docuclimat.com/2017/02/20/documentaire-lappel-de-la-vie-comment-faire-face-a-lextinction-de-masse-en-streaming/

Il est nécessaire de construire dès maintenant et au plus vite les alternatives au système économique actuel, mais n’oublions pas que si nous ne luttons pas aussi frontalement contre lui, il finira par détruire les quelques territoires encore préservés de son appétit, sans parler de la catastrophe climatique et écologique qu’il créé et qui peut aussi effondrer nos alternatives…

J’aurais l’occasion de revenir de toute manière sur ces questions essentielles sur notre avenir, de manière plus complète et sourcée.

Yoann

https://docuclimat.com/

P.S : en tant que paysan bio dans une ferme pédagogique en permaculture, je pense nécessaire le retour à l’autonomie, aux relations étroites avec la nature et aux autres alternatives, mais comme lorsque nous établissons un design en permaculture, l’environnement du projet (climat, économie locale, état des nappes phréatiques et cours d’eau, pollution atmosphérique, état global de l’écosystème du territoire, etc…) est aussi important que le terrain du projet en lui-même.

Or, un point de vue lucide sur l’environnement de notre planète indique que nous ne pouvons ignorer sa situation catastrophique et que nous ne pouvons penser que que la multiplication des projets en permaculture par exemple sauvera la situation, d’autant plus que l’environnement actuel menace la résilience et la durabilité des écosystèmes et par là-même des projets alternatifs.

Il faudra ainsi bien plus que cela, au minimum une multiplication des résistances, sans parler de l’empathie que l’on devrait ressentir face à l’extinction en cours du vivant et de la souffrance de millions de personnes à travers cette planète, qui bien souvent vivaient déjà pleinement en transition mais à qui on a enlevé tout simplement toute possibilité d’y être ou d’y revenir…

Lire d’ailleurs à ce propos cet excellent livre sur les populations vivant en relation étroite avec la nature :

Agriculteurs à l’ombre des forêts du monde. Agroforesteries vernaculaires.

Or, la majorité des entreprises et politiques étatiques à l’origine de cette tragédie sont situées en Occident. Nous avons ainsi le pouvoir de lutter contre la situation inhumaine, et catastrophique pour le vivant, des pays du sud, ici-même, dans les pays occidentaux.

Allons-nous relever ce défi qui touche à la notion même d’humanité, c’est à dire ne pas se ressentir entièrement libre ou heureux, tant qu’un semblable ou qu’un être vivant est exploité, martyrisé, méprisé ou tué ? Pour ma part, penser que la situation s’améliore, tandis que la majorité des faits indique le contraire, est au delà de mes forces (ce qui ne m’empêche pas de vivre et de profiter des instants simples de la vie), je pense tout simplement que ce serait un déni de mon humanité.

J’en reste cependant persuadé que nous devons aussi malgré tout espérer et construire un autre futur, d’autant plus lorsque la situation exige un renversement de notre rapport à la nature et à autrui. Le retour à une vie simple et réinséré dans la nature n’est pas pour moi triste, elle au contraire un retour vers notre humanité et riche de beaucoup de promesses :

http://www.permatheque.fr/modes-de-vie-alternatifs/

Voir aussi les liens que j’ai référencés ici à ce propos :

https://docuclimat.com/liens-utiles-pour-lutter-contre-le-rechauffement-climatique/

Et ce livre majeur, plein de sagesse, de lucidité et d’humanité :

La puissance des Pauvres De Majid Rahnema et Jean Robert


Je vous laisse en attendant à la lecture de l’analyse de Michel Pierre Colin de l’immanquable livre « Comment tout peut s’effondrer » que vous pourrez retrouver en intégralité ici :

http://energieviedurable.blogspot.fr/2017/02/comment-tout-va-seffondrer.html

Comment tout va s’effondrer

Petit manuel de collapsologie à l’usage des générations présentes

Pablo Servigne et Raphaël Stevens

Par Michel-Pierre Colin.

Les auteurs avaient choisi ce titre pour leur livre, mais l’éditeur a changé ce « va » en « peut » pour des raisons commerciales. C’est pourquoi il faut rétablir la certitude qui existe dans l’esprit de Pablo Servigne et de son coauteur, de l’effondrement très proche (la génération présente) du monde tel que nous le connaissons y compris celle du genre humain sur la planète Terre.

Dans les conversations on entend de plus en plus souvent des expressions comme : « on va droit dans le mur », « les animaux sont en pleine extinction des espèces », ou « pourquoi font-ils encore des gosses par les temps qui courent ». Les médias parlent de catastrophe pour les avions qui s’écrasent, les trains qui déraillent, mais ne parlent pas des catastrophes qui durent, celles qui ne suivent pas le rythme de l’actualité, comme les crises environnementales, économiques, énergétiques, climatiques, qui ont passé des points de non-retour. Toutes ces crises sont interconnectées et se nourrissent les unes des autres.

Ce livre nous apporte un immense faisceau de preuves, avec plus de 400 références, qui suggèrent que nous faisons face à des instabilités systémiques de plus en plus grandes. Elles menacent certains peuples, voire les humains dans leur ensemble, à se maintenir dans un habitat viable. Il s’agit d’un effondrement pour lequel les auteurs reprennent la définition d’Yves Cochet : « l’effondrement est le processus à l’issue duquel les besoins de base (eau, alimentation, logement, habillement, énergie, etc.) ne sont plus fournis [à un coût raisonnable] à une majorité de la population par des services encadrés par la loi ».

Les auteurs utilisent la métaphore de la voiture pour nous expliquer les notions de limites infranchissables et de frontières transgressibles. La disponibilité du carburant est une limite infranchissable dont j’ai déjà parlé dans « Les limites à l’extraction du pétrole et autres minerais ».

En définitive, nous payons nos énergies en créant de la dette qui est reprise par nos banques centrales (en Europe au rythme de 80 milliards d’euros par mois). Maintenant que le coût de ces ressources devient trop élevé, le système basé sur la dette ne fonctionne quasiment plus. Le plus urgent pour l’avenir est de savoir combien de temps notre système économico-énergétique peut encore tenir. Nous vivons les derniers toussotements du moteur de notre voiture qui représente notre civilisation industrielle avant son extinction.

Les frontières franchissables pour notre voiture sont des sorties de route qui nous amènent sur des seuils de basculement au-delà desquels il n’est plus possible de revenir en arrière comme le réchauffement climatique qui provoque des événements extrêmes comme tempêtes, ouragans, inondations, sécheresse, pénuries d’eau, vagues de chaleur plus longues et plus intenses. On constate déjà des contrecoups comme la fonte des glaces aux pôles et des glaciers, la modification de la circulation des courants océaniques, des pénuries d’eau, la propagation de maladies contagieuses, la prolifération de ravageurs et de nuisibles, l’extinction de nombreuses espèces vivantes, la destruction des écosystèmes, la diminution des rendements agricoles, des pertes économiques, des troubles sociaux et de l’instabilité politique.

[…]

 

 

Selon Harald Welzer, la sociologie de l’effondrement montre comment une société peut lentement et imperceptiblement repousser les limites du tolérable au point de remettre en cause ses valeurs pacifiques et humanistes et sombrer dans l’inacceptable. C’est le cas des politiques de plus en plus agressives envers les migrants déjà touchés par les catastrophes. Les grandes catastrophes peuvent ainsi induire une colère généralisée des populations envers les gouvernements et les institutions dans les prochaines années. 

Après une catastrophe qui suspend les activités normales et cause des dommages sérieux à une communauté, la plupart des gens montrent des comportements extraordinairement altruistes, calmes et posés. Certains prennent même des risques insensés pour aider les personnes autour d’eux. L’image d’un être humain égoïste et paniqué n’est absolument pas corroboré par les faits. Nous entrons bientôt dans l’ère de l’entraide. Par contre, en cas d’effondrement énergétique les individualistes seront les premiers à mourir. En cas d’effondrement à répétition (p.ex. effondrement boursier puis énergétique) certains seront obsédés par revenir à l’ordre antérieur, d’autres se concentreront sur la pérennité des institutions, et d’autres en profiteront pour changer l’ordre social.

Cette transition vers une autre société nous oblige à travailler notre imaginaire, donc de nous faire des récits pour inverser ces spirales de violence et de pessimisme. Des récits qui rejettent toute dissonance cognitive et tout déni. Soyons les transitionneurs qui inventent leur propre avenir. Car les initiatives de transition libèrent les gens de ces sentiments d’impuissance tellement toxique et répandue dans la population. L’urgence est de reconstruire un tissu social local solide et vivant, doté d’un climat de confiance, c’est-à-dire un véritable « capital social » qui puisse servir en cas de catastrophe.

Pourquoi « les gens n’y croient pas », c’est-à-dire la psychologie de l’effondrement tient à cette tendance des gens, lorsqu’on leur dit la vérité, à devenir pessimistes, résignés ou à juste rejeter le message. Selon Clive Hamilton dans « Requiem pour l’espèce humaine », (et aussi Paul Jorion dans « Le dernier qui s’en va éteint la lumière ») nous ne sommes pas équipés pour percevoir les dangers que représentent les menaces systémiques, ni les menaces à long terme. Nos cerveaux sont trop habitués à effectuer des problèmes immédiats et ont développé des sensibilités aux dangers concrets et visibles. C’est le problème de la grenouille et de l’eau bouillante. 

Dans le cas du déni, les gens ne trouvent pas crédible les données scientifiques ni les constats alarmants des médias, car l’obstacle c’est l’impossibilité de croire que le pire va arriver. Les données étant de plus en plus précises au fil du temps, les négationnistes continuent à changer les raisons de ne pas changer leur comportement.

Parmi les personnes qui semblent convaincues, on distingue cinq catégories de réactions : 

Les çavapétistes (« ça va péter ») montrent un imaginaire de la catastrophe très sombre, nihiliste même, montrant une colère envers la société. Cette attitude est toxique en temps de catastrophe pour l’organisation politique et sociale. 

Très fréquents, les aquoibonistes (« à quoi bon ? ») sont ceux qui disent « foutu pour foutu, profitons de ce qui nous reste ! ». Avec deux tendances, l’épicurien style Rabelais qui savoure les plaisirs de la vie, et « l’enfoiré » qui veux tout consommer ou saccager avant de partir. 

De plus en plus nombreux, les survivalistes ou preppers (« à chacun sa merde ») se barricadent, s’enferment, se bunkérisent, stockent le nécessaire, s’informent sur la purification de l’eau, les plantes sauvages. Leur imaginaire c’est Mad Max et la croyance que l’être humain est profondément mauvais. 

Les transitionneurs (« on est tous dans le même bateau ») souvent non-violents, collectivistes, appellent à une transition à grande échelle, car la vie n’a plus de sens si tout s’effondre. Pratiquant l’ouverture et l’inclusion, ils sont convaincus que l’avenir est dans les éco villages, l’entraide et l’imaginaire de transition. Ils pensent « ensemble on va plus loin ». 

Les collapsologues ont une passion pour le sujet. Étudier, partager, écrire, communiquer, comprendre, devient une activité chronophage pour ces « geeks du collapse » dont les plus célèbres sont nommés « collapsniks » qui sont souvent des ingénieurs et des hommes. Ce clivage homme femme se révèle quand les hommes débattent de chiffres, de faits et de techniques, tandis que les femmes abordent les aspects émotionnels et spirituels.

Comment vivre avec, et vivre en bonne santé, consiste à voir dans la nécessaire transition psychologique un processus de deuil qui traverse cinq étapes selon le modèle de Élisabeth Kübler-Ross, psychologue américaine spécialiste du deuil : le déni, la colère, la peur (marchandage), la dépression et l’acceptation. On a constaté que les moments de témoignages et de partage d’émotions avec d’autres, permettent aux personnes présentes de prendre conscience qu’elles ne sont pas seules à affronter cet avenir et à ressentir ces émotions, à exprimer leur colère envers les hommes politiques, les dirigeants des multinationales et les climato-négationnistes, tous responsables du retard impossible à rattraper.

On ne peut pas attendre que chacun fasse son deuil avant de commencer à agir. Dans la politique de l’effondrement l’action fait partie de la « transition intérieure » qui permet dès la prise de conscience de sortir de l’état d’impuissance et maintient l’optimisme. Il n’est jamais trop tard pour construire des petits systèmes résilients à l’échelle locale, afin de mieux encaisser les chocs économiques, sociaux et écologiques à venir. 

Parmi les systèmes anticipatifs résilients, on compte les coopératives citoyennes de production d’énergies renouvelables, les groupements alimentaires locaux ou de nouveaux modèles économiques et monétaires locaux et coopératifs. Tout en permettant la coexistence de deux systèmes, l’un mourant l’autre naissant. Cette politique paradoxale à la fois catastrophiste et optimiste, pose le problème qu’il faille accepter publiquement et officiellement la mort du vieux monde, les populations réagissant par des troubles qui précipiteront ce qu’on voulait anticiper.

Les transitionneurs n’attendent pas les gouvernements, ils inventent la façon de vivre l’effondrement de manière non-tragique. Une fois « branchés » sur des petits systèmes autonomes, résilients et low tech, les transitionneurs peuvent alors « se débrancher » de l’ancien système qui risquait de les emporter dans sa chute. C’est passer de l’indépendance à l’interdépendance : une mosaïque de petites démocraties locales est-elle un projet démocratique ?

En fait, il n’y a même pas de solution à chercher à notre situation inextricable (predicament) , il y a juste des chemins à emprunter pour s’adapter à notre nouvelle réalité. L’utopie a changé de camp : l’utopiste est celui qui croit que tout peut continuer comme avant, le réaliste met toute son énergie dans la construction de résilience locale, qu’elle soit territoriale ou humaine.

La collapsologie est l’exercice transdisciplinaire de l’étude de l’effondrement de notre civilisation industrielle, et de ce qui pourrait lui succéder, en s’appuyant sur les deux modes cognitifs que sont la raison et l’intuition, et sur des travaux scientifiques reconnus.
Les auteurs pensaient au début 2015 que la fenêtre d’opportunité pour éviter un effondrement global étaient déjà en train de se refermer.

« Pendant sa tournée européenne 2011-2012, Dennis Meadows, plus pessimiste que jamais, répétait dans les interviews et dans un article écrit pour l’institut Momentum :

il est trop tard pour le développement durable, il faut se préparer aux chocs et construire dans l’urgence des petits systèmes résilients » (page 173).

L’effondrement n’est pas la fin mais le début de notre avenir ! »

2 commentaires

  1. Bonjour ,
    J’apprécie vos efforts de sensibilisation envers les gens pour qu’ils puissent réagir collectivement pour tenter de limiter le réchauffement climatique en cours.

    Toutefois, je crains fort que les effets du réchauffement climatique deviendront de plus en plus graves avec le temps et que les gens pourront juste tenter de survivre du mieux qu’ils le peuvent par eux même, soit en migrant vers un autre pays ou dans une autre région de leur propre pays afin de trouver un habitat viable et sécuritaire où la nourriture et l’eau sont disponibles.

    Actuellement, il n’y a pas de pénurie alimentaire dans les pays occidentaux, car les étagères des épiceries et magasins sont très bien remplies de nourriture et d’eau embouteillée.

    Qu’adviendra-t-il le jour où des pénuries alimentaires permanentes de quelques aliments de base ou de plusieurs aliments de base commenceront à être constaté jour après jour par la population dans les épiceries et les magasins dans des pays occidentaux, tels que le Canada, la France ou les États Unis ??? Je crois sincèrement hélas que ce n’est qu’à ce moment là précisément que la majorité des gens comprendront la gravité du réchauffement climatique. Alors là, se sera le début de la fin qui commencera…

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  2. […] Le cynisme, l’apathie, le fatalisme, la fuite en avant, le déni sont autant de réactions qui peuvent se manifester face à ce triste constat. Pourtant, nous ne pouvons pas rester impassibles, la résistance à ce système est nécessaire. […]

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